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HISTOIRE DES ÉMAUX LIMOUSINS

Depuis près d'un millénaire, l'art de l'émail contribue à la renommée de Limoges. Sa singularité est d'avoir compté, à diverses époques, des artistes capables de renouveler leurs pratiques et de réaliser des oeuvres novatrices en phase avec leur temps, malgré quelques éclipses.


  Le Moyen Âge

La production émaillée limousine du Moyen Age est réalisée selon la technique du champlevé. Elle est connue sous le nom d’oeuvre de Limoges (opus lemovicense). Apparue au 12e siècle, elle rencontra un extraordinaire succès dans toute la Chrétienté occidentale avant de disparaître dans le courant du 14e siècle.

 

  Une tradition d’orfèvrerie en Limousin ?

La tradition voit en saint Eloi, ministre du fameux roi mérovingien Dagobert et protecteur des orfèvres au 7e siècle, le père de l’orfèvrerie limousine.

Toutefois, si l’exploitation de gisements aurifères est attestée dans la région dès l’Antiquité, aucun témoignage n’est venu confirmer une activité d’orfèvrerie en Limousin avant l’an Mil.


  L’apparition de l’émaillerie en Limousin

Les premiers émaux limousins apparaissent vers 1130-1140. Leur production prend de l’ampleur dès la seconde moitié du 12e siècle. L’expression « OEuvre de Limoges », apparue peu avant 1170, circule dès lors à travers toute l’Europe. Elle témoigne du grand succès des ateliers limousins au Moyen Age.

Cet essor se prolonge tout au long du 13e siècle mais bientôt, pour répondre à la demande croissante, les ateliers vont se trouver contraints de rationaliser et standardiser leur production, avec pour conséquence d’altérer la qualité plastique des objets. Le déclin s’amorce dès la fin du siècle : peu à peu, la production s’étiole jusqu’à s’interrompre au 14e siècle, en raison des troubles de la guerre de Cent Ans.


  Caractéristiques des émaux limousins du Moyen Age

Une production à usage principalement religieux

La majeure partie de la production consiste en objets de culte. Fait remarquable, la région possède encore de nombreux exemples conservés de nos jours dans les églises pour lesquelles ils avaient été prévus.

Parmi les types d’objets les plus courants :

  • les châsses, coffrets destinés à abriter les reliques des saints, dont la forme évoque un sarcophage ou parfois une église ;
  •  les pyxides, récipients destinés à recevoir les hosties consacrées ;
  •  les croix de procession ou d’autel ;
  •  les crosses, long bâton recourbé à son sommet, symbole de pouvoir des évêques et des abbés ;
  •  les gémellions, bassins conçus par paire avec lesquels le prêtre faisait ses ablutions…
  •  mais aussi les plats de reliure, les encensoirs, les boîtes aux saintes huiles, les colombes eucharistiques…

Quelques objets profanes

On a cependant conservé quelques objets émaillés profanes, comme les bijoux, les ornements vestimentaires et équestres ; le musée municipal de l'Evêché conserve par exemple deux boucles de ceinture. Plus sujets aux effets de mode et à l’usure, il ne reste plus aujourd’hui qu’une part infime de cet aspect de la production.


  Pourquoi Limoges ? Des conditions favorables au développement de l’émail

Il n’existe pas une raison unique à l’apparition et au développement de la production émaillée limousine du Moyen Age. Ce phénomène s’explique plutôt par un ensemble de facteurs : naturels, historiques, culturels et économiques.

Des conditions naturelles favorables

La présence dans l’environnement naturel local de la plupart des composants de base de l’émail ont permis son développement : la silice pour la matière vitreuse, les oxydes métalliques pour sa coloration, une eau acide pour la purification des poudres, le bois pour alimenter les fours. Seul le cuivre est absent du sous-sol limousin.

Limoges est déjà au 12e siècle un foyer de création

L’abbaye Saint-Martial de Limoges est elle-même depuis longtemps un foyer de création artistique très fécond dans les domaines de la musique et de l’enluminure. Les ateliers d’émail ne semblent toutefois pas dépendre du monastère.

Limoges est une étape sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle

Limoges est, depuis l’Antiquité, placée au carrefour de diverses routes. Au Moyen Age, s’ajoute celle de Saint-Jacques de Compostelle : la ville, et notamment la puissante abbaye Saint-Martial fondée sur le tombeau de l’évangélisateur de la cité, accueille de nombreux pèlerins dont l’afflux a certainement été un facteur de prospérité commerciale et de développement urbain.

Limoges bénéficie du soutien de l’Eglise et des Princes

  • Les ateliers ont bénéficié du mécénat important des abbayes Saint-Martial de Limoges et de Grandmont, implantée à une trentaine de kilomètres au nord de la ville. Ces commanditaires privilégiés ont pu servir de relais dans la diffusion des objets et peut-être dans l’approvisionnement en cuivre dont la région est privée.
  • La présence dans la région de la dynastie anglaise Plantagenêt a sans doute contribué à élargir encore le marché de l’émail limousin : Aliénor d’Aquitaine épousa en seconde noce Henri II Plantagenêt, duc de Normandie et bientôt roi d’Angleterre en 1154. Par cette nouvelle alliance, elle apporta en dot à la couronne d’Angleterre le grand Sud-Ouest de la France. Elle resta attachée au Limousin tout au long de son existence, et notamment à Limoges où elle tint à faire couronner duc d’Aquitaine son fils Richard Coeur de Lion.
  • En 1215, lors du concile de Latran, le pape Innocent III autorisa officiellement Limoges à fournir les églises en mobilier liturgique : il prescrit que toute église devra posséder deux récipients eucharistiques, dont un au moins en émail de Limoges.

Les émaux limousins possèdent une réelle qualité esthétique

Le succès de l’OEuvre de Limoges tient également à la réelle qualité esthétique des réalisations des orfèvres qui ont produit quelques-uns des chefs-d’oeuvre du Moyen Age.

Une production peu coûteuse

Enfin, cette production est faite d’objets le plus souvent facilement transportables, solides et surtout relativement peu coûteux par rapport à l’orfèvrerie précieuse, grâce à l’emploi de matières premières ordinaires comme le cuivre et le verre.

 

 

  La première Renaissance (1480-1530)

Après la disparition de l’émail champlevé dans le courant du XIVe siècle, l’émail renaît à Limoges à la fin du XVe siècle. avec une technique renouvelée et dans des conditions qui restent encore obscures.

Le développement de cette technique, appelée « émail peint », s’est probablement fait en parallèle à l’évolution de la peinture. Dès la fin du XVe siècle, Limoges apparaît comme le centre de production le plus important d’émaux peints.

 

  Des objets de dévotion

Jusque dans les années 1530, les émaux se présentent sous la forme de plaques montées en triptyques, en retables ou en simples baisers de paix. Ce sont des objets de dévotion, souvent privée.


  Des thèmes religieux

Les émaux de la première Renaissance sont ornés de scènes religieuses, tirées généralement du Nouveau Testament. Ils s’inspirent de gravures d’origine rhénane, allemande, parisienne ou flamande.


  Des artistes anonymes

On ne connaît que très peu la personnalité des artistes, qui, à l’exception de Nardon Pénicaud, ne signent pas leurs oeuvres. Il sont souvent désignés artificiellement par les historiens d’art par des appellations liées à leur style ou leur caractéristique : le « Maître aux Grands Fronts » ou le « maître du retable du Mesnil-sous-Jumièges ».

Le métier des émailleurs est encore assimilé à celui des orfèvres.


  La technique

Sur le plan technique, la pose de l’émail repose sur le principe suivant : les couleurs sont posées en aplat sur un fond blanc, lui-même ayant généralement pour base une sous-couche noire. Le dessin, tracé à l’aiguille dans la couche blanche, apparaît en transparence. Seules les carnations sont modelées ; l’or relève les détails décoratifs.

L’usage du paillon est généralement limité à de petites pastilles imitant des cabochons, mais peut occasionnellement couvrir de grandes surfaces.

 

 

  La Renaissance française (à partir de 1530)

Dès le deuxième quart du XVIe siècle, le marché de l’émail est bien établi hors des frontières du Limousin. C’est avec Léonard Limosin, artiste introduit à la cour de France par Jean de Langeac, évêque de Limoges de 1532 à 1541 et grand amateur d’art, que l’usage de l’émail peint se diversifie et que la clientèle s’élargit aux hautes sphères de la société.


  Un nouveau statut pour les artistes

La pratique de l’art de l’émail connaît une importante mutation : les émailleurs, qui jusque-là relevaient de la corporation des orfèvres, appartiennent de plus en plus au monde des peintres. Ils signent désormais leurs oeuvres, souvent par le biais d’un monogramme. Des dynasties d’émailleurs apparaissent : les Limosin, les Pénicaud, les Reymond ou les Court-Courteys… connaissent jusqu’à la fin du XVIe siècle une exceptionnelle réussite.


  De nouveaux types d’objets

Les émailleurs adaptent leurs oeuvres au goût de la société. Ils créent des formes nouvelles : leurs émaux consistent surtout en pièces de vaisselle ornementale destinées à agrémenter les dressoirs de riches commanditaires. Ils réalisent également des plaques émaillées qui trouvent place dans les lambris des cabinets. Le roi et la cour de France deviennent leurs clients privilégiés.

Leurs oeuvres ne servent donc plus exclusivement de support à la piété individuelle, elles sont devenues un élément majeur du décor de luxe à la Renaissance.


  L’introduction de thèmes profanes

Jusque dans les années 1530, les émaux limousins représentent essentiellement des scènes religieuses. Après cette date, le répertoire iconographique s’enrichit de scènes profanes et particulièrement mythologiques qui forment désormais la majorité de la production.

Cette tendance, qui touche toutes les formes artistiques, est l’un des caractères notables de la Renaissance qui redécouvre l’Antiquité et la remet au goût du jour. Emerveillés par les monuments antiques et l’esthétique « classique » qui prend l’Homme comme mesure de toute chose, les artistes empruntent et assimilent les thèmes et motifs gréco-romains. Les émailleurs ne restent pas en marge de ce vaste mouvement. Attentifs au goût de leur clientèle et eux-mêmes emportés par cette inspiration nouvelle, ils décorent leurs plaques et pièces de vaisselle de portraits à l’antique ou de figures et de scènes empruntées à la mythologie.


  La gravure comme source d’inspiration

Les images des émailleurs s’inspirent souvent de gravures contemporaines. Rares sont ceux en effet qui inventent leurs propres compositions : ils transposent plus volontiers en émail un modèle gravé, qu’ils adaptent au besoin à leur support. Léonard Limosin est à cet égard un artiste d’exception car, exploitant l’émail comme la peinture, il n’hésite pas à créer ses propres compositions.

L’influence de cette technique de reproduction ne concerne pas uniquement les thèmes, elle est également perceptible dans la diffusion des motifs décoratifs et plus largement le style : c’est par ce biais que les émailleurs de Limoges sont entrés en contact avec le Maniérisme italien.


  La technique

La grisaille fait son apparition : dérivée de l’émail peint, elle devient très vite la « marque de fabrique » des émaux limousins de l’époque. Son apparition est sans doute liée à la volonté d’imiter l’effet de la gravure.

Abandonné aux environs de 1525, le paillon, feuille d’or ou d’argent noyée dans un émail translucide, revient en force à la fin du siècle.

 

 

 Les XVIIe et XVIIIe siècles

L’essentiel de la production au cours des XVIIe et XVIIIe siècles se concentre entre les mains de deux familles : les Laudin et les Nouailher.

Leurs réalisations, qui présentent un caractère répétitif, semblent principalement destinées à une clientèle locale, quelquefois identifiable grâce à la présence d’armoiries.


  Les différents types d’objets

Les réalisations des émailleurs consistent surtout en plaques de dimensions assez modestes. Rares sont aujourd’hui celles qui ont conservé leur montage d’origine. Une forme nouvelle fait toutefois son apparition : le bénitier.

Le mobilier profane a quasiment disparu : il se limite à des coupelles, des gobelets, des bourses ou des râpes à tabac, objets charmants dont le décor se renouvelle peu et dont la facture présente de manière très exceptionnelle le degré de raffinement atteint par les émaux de la Renaissance.


  Une iconographie militante

Les émaux de cette époque représentent souvent un personnage figuré sur un fond de paysage ou uni, généralement sombre. Il s’agit la plupart du temps d’un saint accompagné de son attribut.

L’iconographie est en effet essentiellement religieuse, militante même, car liée au programme de la Contre-Réforme : le dogme catholique, reprécisé et affirmé en réaction à la Réforme protestante, s’exprime ainsi à travers des images de l’Eucharistie, de la pénitence et du dévouement, de la Vierge, des martyrs et des grands saints de la Contre-Réforme tel saint Charles Borromée, même si les saints traditionnels du Limousin restent l’objet d’une dévotion particulière.


  Le décor

Au XVIIe siècle, le décor annexe consiste souvent en fleurettes dessinées à l’or, relevées par un petit pavé géométrique en paillon, utilisé avec des gouttes d’émail opaque.

A la fin du siècle et au suivant, l’entourage de la plaque autour des scènes est fréquemment agrémenté de petits rinceaux d’émail blanc appliqué en relief.


  La technique

La grisaille, encore pratiquée régulièrement par Jacques I Laudin (v.1627-1695) et Pierre II Nouailher (v.1657-1717), disparaît ensuite. L’émail polychrome, translucide et éclatant jusqu’à la fin du 17e siècle est progressivement remplacé par des couleurs vitrifiables opaques et ternes posées au pinceau.


  La fin d’une production

A la fin du XVIIIe siècle, les derniers émailleurs disparaissent alors que la découverte des gisements de kaolin à Saint-Yrieix ouvre de nouvelles perspectives professionnelles aux artistes de la région dans le domaine de la porcelaine.

 

 

 Le XIXe siècle

La redécouverte de l’émail au XIXe siècle, après une éclipse de quelques décennies, résulte d’un goût retrouvé pour l’art ancien. Les premiers pas de la recherche historique et l’activité du marché d’antiquités se nourrissent alors mutuellement, tout en suscitant l’émergence de restaurateurs et l’apparition de faussaires.

Les émaux du 19e siècle, à la technique très soignée, relèvent souvent de l’imitation fidèle de la Renaissance, tout particulièrement dans le domaine de la grisaille. Mais certains artistes vont bientôt délaisser les techniques anciennes pour explorer de nouvelles façons d’exploiter le matériau.

A la fin du siècle, l’émail trouve tout naturellement sa place dans l’engouement nouveau pour les arts décoratifs. En 1889, l’exposition universelle de Paris présente plusieurs centaines d’émaux.


  La redécouverte des techniques de l’émail

Il est difficile établir le rôle respectif de Limoges et de Sèvres, près de Paris, dans la redécouverte technique de l’émail. Sans doute y eut-il rapidement interaction entre les deux centres.

On attribue généralement à René-Ernest Ruben (1808-1900), orfèvre renommé de Limoges, d’avoir sorti l’émail de l’oubli à la fin des années 1830. Sa participation à l’exposition régionale de 1858, avec des émaux champlevés et des émaux peints, fut saluée et récompensée par une médaille de bronze.

Néanmoins, les recherches de cet homme isolé ne peuvent se comparer avec l’activité de l’atelier créé en 1845 à la Manufacture de Sèvres, qui bénéficie d’un soutien officiel pendant tout le Second Empire.


 Les émailleurs de Limoges

Les initiatives se poursuivent cependant à Limoges avec quelques personnalités remarquables comme Louis Dalpayrat (1838-1901), Ernest Blancher (1855-1935) puis Louis Bourdery (1852-1901).

Parallèlement à sa production artistique, ce dernier effectue les premières études historiques d’ampleur sur les émailleurs de la Renaissance, en collaboration avec Emile Lachenaud (1835-1923).


  Une inspiration académique

Le répertoire de ces artisans du renouveau limousin oscille entre le portrait mondain, historique ou familier, et la composition religieuse ou mythologique très académique. Ils aiment à utiliser le paillon, cette feuille d’or ou d’argent noyée dans de l’émail translucide, qui produit des reflets chatoyants.


 

 

 La première moitié du XXe siècle

L’émail limousin du début du XXe siècle se montre particulièrement attentif aux grands mouvements artistiques contemporains.

Les émailleurs les plus aventureux se laissent séduire par l’Art Nouveau avant d’explorer et de s’approprier avec succès les principes de l’Art Déco. Leur production place résolument l’émail dans le champs des arts décoratifs. D’autres artistes l’envisagent pourtant comme la peinture et transpose sur leur support de prédilection les révolutions picturales contemporaines telles que l’Impressionnisme, le Pointillisme, le Fauvisme, le Cubisme…

Cette époque voit aussi la production de pièces à caractère plus commercial, de facture très académique, qu’une clientèle locale achète pour marquer les grands événements de la vie.


  Une nouvelle orientation

Paul Bonnaud (1873-1953) est le premier à s’écarter de la voie tracée par ses prédécesseurs pour incarner à ses heures les grandes tendances de l’Art Nouveau : prédominance du dessin et de la courbe, répertoire végétal plus ou moins stylisé... La matière, travaillée pour elle-même, peut également constituer le décor de nombreux vases.

Maîtrisant la technique dans toutes ses subtilités, Jules Sarlandie (1874-1936) affronte avec un égal bonheur pièces de forme et tableaux de commande, compositions naturalistes et recherches de matière. A partir de la fin des années 20, il engage un fructueux travail de collaboration avec des décorateurs dont il transpose les modèles en émail.


  L’émail Art déco

Avec le mouvement Art Déco auquel les émailleurs adhèrent massivement dès la fameuse exposition parisienne de 1925, l’émail de Limoges connaît une nouvelle heure de gloire : ces vases, coupes, boîtes ou autres bijoux, qui figurent dans les plus prestigieux salons artistiques de l’époque, rencontrent un succès immense et durable.

Cette inspiration nouvelle se traduit sur le plan technique par une manière inédite de poser l’émail, dans la recherche d’effets de matière et de relief…

Des ateliers de Camille Fauré (1872-1955) et de sa fille Andrée Fauré-Malabre et de celui d’Alexandre Marty (1876-1943) rejoint dès 1924 par sa fille Henriette (1902-1996), sortent des vases somptueux aux formes généreuses ornés de roses et d’enroulements floraux ou de motifs géométriques déclinés en camaïeux. L’émail, tour à tour rutilant ou granuleux, joue des reflets de l’opale et des contrastes d’épaisseur obtenus par des empâtements.

Le marché local a été largement alimenté par cette importante production qui s’est exportée très rapidement : le succès fut si total, qu’à la fin des années 80 encore, l’atelier Fauré continuait à fabriquer des émaux Art déco sur les mêmes modèles que 50 ans plus tôt.


  L’impact des grandes révolutions artistiques sur l’émail

Emailleur autodidacte, Léon Jouhaud (1874-1950) propose en format réduit un écho magistral et personnel du mouvement post-impressionniste, du Pointillisme, de Vuillard ou encore du Cubisme… Ses petits tableaux toujours figuratifs comptent désormais parmi les oeuvres les plus appréciées et les plus recherchées de l’émail limousin de l’Entre-deux-guerres.

 

 

 

 Depuis 1945

Au XXe siècle, l’émail connaît un développement important. Pour contrer ceux qui réalisent de faux émaux de Limoges par transfert mécanique ou photographique ou qui apposent la mention « Limoges » sur les pièces afin de mieux les vendre, les émailleurs de Limoges s’organisent : ils créent en 1937 le Syndicat des émailleurs limousins et édictent une charte garantissant technique et matériaux, un travail à la main, une provenance et un savoir-faire éprouvé.

La production commerciale des ateliers limousins répond alors à une nécessité économique. Elle est recherchée par une certaine clientèle pour sa qualité d’exécution, mais sa valeur créatrice est assez réduite. Elle s’oppose aux réalisations résultant d’une véritable démarche artistique et témoignant de la sensibilité de leurs auteurs aux préoccupations esthétiques de leur temps.


  La production de l’Après-guerre

La jeune génération qui fait ses classes à l’Ecole nationale des Arts décoratifs de Limoges dans les années 40 aborde l’émail dans cet esprit. Elle le considère comme un moyen d’expression personnel et non comme une fin en soi.

Cette époque est marquée par des personnalités indépendantes, évoluant pour certaines au sein de mouvances artistiques bien marquées : musicaliste chez Jean-Marie Euzet (1905-1980) et sa femme Juliette (1902-1987), expressionniste pour le couple Noël Nivard (1907-1995) et Yvonne Pingen (1914-2003)... Les émailleurs explorent les possibilités offertes par la matière émail et n’hésitent plus à affronter les grandes dimensions, à jouer des sur-cuissons ou du cuivre laissé à nu. Guidés par leur admiration pour les émaux des temps anciens, certains artistes renouent avec l’émail champlevé et cherchent à retrouver les procédés de leurs illustres prédécesseurs.


  La Biennale internationale de l’Email (1971-1994)

La première Biennale internationale de l’Email est organisée à Limoges en 1971, à l’initiative de l’artiste Georges Magadoux (1909-1983).

En 1982, Gérard Malabre, petit-fils de Camille Fauré, lui succède. Il lance en parallèle à l’exposition des journées internationales de réflexion autour de l’émail et invite des émailleurs étrangers à participer aux jurys de sélection. Lorsque Michel Kiener prend à son tour la tête de l’organisation, la Biennale s’ouvre à d’autres arts du feu (porcelaine, verre, dinanderie) ; elle propose des expositions satellites consacrée à l’émail patrimonial et parvient à intéresser des designers de renom à cette technique. Pendant plus de vingt ans, les Biennales ont ainsi modifié la perception de l’émail stimulé la création pendant plus de vingt ans.


  L’émail limousin contemporain

A la suite de leurs aînés, les émailleurs envisagent l’émail comme une matière au service de leur propos artistique. La variété des textures de l’émail, son association avec d’autres matériaux - permettant notamment la réalisation de véritables sculptures, l’influence de cultures étrangères ou d’autres formes artistiques comme la littérature constituent autant de clés pour approcher la création émaillée contemporaine à Limoges.

Le défi pour les émailleurs réside désormais dans le fait de trouver une manière commune de contribuer à faire vivre l’émail de Limoges tout en laissant chacun libre de s’emparer du matériau au gré de son inspiration. C’est avec une initiative ambitieuse que les émailleurs limousins, regroupés en association (APPEL), ont abordé le XXIe siècle : l’ouverture de la Maison de l’émail en 2007 devrait leur donner les moyens d’assurer la promotion et le développement de l’émail.

 


 

 

 

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